Le groupe anglais RadioHead qui est l’un des groupes de musique les plus populaires au monde, surtout en Europe, a récemment annoncé la sortie de son nouvel opus, In rainbows, qui sera disponible en téléchargements seulement sur leur site www.inrainbows.com . Jusque-là, rien d’extraordinaire puisque de nos jours, la plupart des œuvres sont disponibles en téléchargements, bien que le fait qu’il ne soit disponible seulement qu’en téléchargement soit quelque peu discutable. Ce qui retient l’attention c’est qu’en l’achetant, puisqu’il est disponible en préachat, ils nous annoncent que pour le prix, c’est comme nous voulons. Nous pouvons donc décider du prix que nous achetons le CD soit entre 0.1 livre et 99.9 livres soit 0,2$ à 200$ canadiens. Est-ce la une tactique pour ce groupe déjà plus que millionnaire afin de contrer le piratage et le téléchargement afin de faire mousser ses gains, un gros coup de publicité ou un geste qui perpétue leur avant-gardisme et leur goût de l’exotique? Commençons tout d’abord par étudier le phénomène du piratage et du téléchargement.

De nos jours, qui n’a pas de chansons mp3 téléchargées ‘illégalement’ sur son ordinateur? Illégalement entre parenthèses puisque selon la loi, toute personne téléchargeant des fichiers accessibles sur des logiciels peer-to-peer ou sur internet n’est pas dans l’illégalité puisque qu’il ne fait qu’utiliser un service à sa disposition qui n’est pas créé à la base pour le piratage. La seule personne dans l’illégalité est celle qui pirate les fichiers et qui les rend à la disposition de tous sans l’autorisation de la personne ayant créé “l’œuvre”. Ceci est un sujet chaud dans l’actualité puisqu’il n’y a aucune solution efficace à 100%. Toutes les solutions potentielles ont vite été contournées par les failles qu’elles occasionnent. L’échange de fichier et d’informations est un des buts principaux d’internet et il est très difficile de discerner et de bloquer tous les transferts incluant des fichiers illégaux. Nous avons eu le premier exemple flagrant avec Napster, premier logiciel d’échange de fichiers populaire (surtout utilisé pour le trafic de musique), qui, après s’être fait reprocher par la loi d’avoir un trop grand taux de fichiers illégaux en circulation, avait interdit tous les fichiers comprenant un nom d’auteur ou de chansons qui n’avaient pas été autorisées. Quelques jours plus tard, la plupart des œuvres ayant été bloquées par ce processus étaient revenues avec seulement une petite variante dans le nom, lui permettant d’être remis dans le trafic. Par exemple, les chansons du groupe RadioHead se retrouvaient sous le nom de RadioHeed. Un peu plus tard, Napster fût obligatoirement fermé ce qui régla le problème d’échange de fichiers illégaux. Cependant, plusieurs logiciels ont tôt fait de reprendre le flambeau et nous avons eu la naissance depuis ce temps de plusieurs logiciels du même genre. Aujourd’hui, Napster est revenu, mais est maintenant payant. Nous pouvons donc télécharger la plupart des chansons que nous voulons légalement, mais en les payant. Les démarches qui doivent pour interdire un logiciel de ce genre sont très rigoureuses et fastidieuses du fait que ce thème est très discutable sur le fait de sa légalité ou non puisque ces logiciels sont faits pour que deux utilisateurs puissent s’échanger de l’information facilement. Ce serait comme interdire les gens de s’échanger des objets dans le but d’interdire le trafic de drogue. De plus, pour le temps que ça prend interdire un logiciel de ce genre, il y en a 5 qui ont le temps de naitre. Il devient donc impossible de contrer ce problème en interdisant les logiciels d’échange de fichier. La deuxième solution logique est de tenter d’arrêter les “Hackers”, ceux qui piratent les fichiers et les rendent disponibles à tous. Déjà plusieurs pirates ont été sanctionnés à plusieurs milliers de dollars d’amendes et même à la prison. Cependant, il est souvent difficile de retracer ces fichiers à la source et de retrouver ces “hackers”. Ils sont d’autant plus nombreux qu’il est impossible de tous les intercepter.
Nous en venons alors aux artistes qui tentent eux-mêmes de contrer le problème. Il ne faut pas se cacher que l’industrie accapare un grand pourcentage des gains des artistes. Aurons-nous droit à une vague d’artistes indépendants créant et vendant eux-mêmes leurs produits. C’est ce que pousse à penser l’action de RadioHead qui, après avoir quitté sa maison d’édition, se retrouve à vendre son propre produit sur internet à des prix qui peuvent être ridiculement bas comparés aux autres artistes qui doivent donner un pourcentage à leur maison de disque, à leur distributeur, aux magasins, aux vendeurs, etc. L’indépendance des artistes est alors permise grâce à ce même phénomène qu’est internet. Nous en venons donc à nous demander si internet est une bonne chose ou une mauvaise chose pour l’industrie de la musique. Il permet le piratage, mais il permet aussi l’indépendance des auteurs et une forte publicité. Certaines études tendent à montrer que les personnes téléchargeant massivement de la musique sont aussi les meilleurs acheteurs. C’est logique si on suit la théorie qu’en téléchargeant, une personne peut découvrir plusieurs artistes dont il n’aurait de toute façon probablement jamais acheté le produit puisqu’il lui serait resté toujours inconnu. Internet permet donc, en téléchargeant gratuitement, la découverte de plusieurs produits. Il y a aussi le fait que si une personne télécharge la musique d’un nouveau groupe et se trouve à l’aimer, le nombre de spectateurs aux spectacles de ce groupe risque d’être radicalement augmenté même si par le même phénomène leurs ventes de disque risquent d’être diminuées.
Pour en revenir à RadioHead, cette tactique fait beaucoup appel à l’éthique des gens à savoir s’ils vont y aller pour le prix le plus bas ou pour un prix qu’ils considèrent raisonnable pour un artiste. Il y a cependant une problématique qui s’y ajoute. Ce n’est pas tout le monde qui a un ordinateur et qui a accès à internet. On parle ici des gens dans les pays sous-développés ou de personne d’un certain âge. Il y a aussi la perte des documents originaux. Une personne peut-elle se plaindre si son disque dur brise quelque temps après avoir acheté les chansons? Ceci pourrait aussi permettre une vague de producteurs illégaux qui produirait le CDs massivement avec une pochette d’allure professionnelle et vendraient le produit comme étant le leur à des sommes très profitables afin de combler le désir d’avoir un document pouvant être archivés par certaines personnes.
De mon point de vue, le téléchargement est assurément le futur de la musique. De plus, il est une bonne chose pour les nouveaux groupes à petit budget qui peuvent maintenant se faire leur propre publicité sur internet et offrir leurs produits sans avoir à débourser une somme souvent trop élevée pour payer la maison de distribution et tout ce qui vient avec la mise en marché d’un disque. À l’autre extrémité, ceci est moins bon pour les « méga-vendeurs » qui perdent une grande part de marché de leur vente de CD avec le piratage, mais qui grandissent probablement les foules assistant à leurs spectacles. Pour finir, je parierais sur le fait que nous allons bientôt assister à la sortie CD de cette œuvre dans tous les magasins à grande surface.
